Were you there? – Sam Cooke and the Soul Stirrers – (J’étais là ? ¿He comprendido la tragedia?)

English followed by une version en français y una versión en español.

One of the pleasures of working on Montaigbakhtinian: the opportunity to call attention to excellent work by other people. In this case, by the “King of Soul”: the American singer and songwriter Sam Cooke. One of the first pieces I ever published (fifty years ago) had to do with his 1962 pop song Having a Party. But now I have come upon his earlier recordings with the long-standing gospel group, The Soul Stirrers.

In particular, there is Cooke’s masterpiece, his rendition of one of the most famous Negro spirituals: Were You There? Many famous singers, Paul Robeson most notably, have recorded this song, often weighing it down with solemnity. Cooke, the son of a Baptist minister, turns it into a story, and thus, for example, the singer/storyteller says that the reason he trembles thinking of the crucifixion is because he was there, he saw them pierce the Savior in the side.

In quite another work encountered recently a historian proposes that in 1914, the European powers committed suicide. One might say that putting a savoir—whoever he or she might be—to death is similarly suicidal.

In 1940, “Were You There?” was included in the Episcopal Church hymnal, making it the first spiritual to be included in any major American hymnal. It was also apparently a favorite of Mahatma Gandhi’s. But, first playing this song on the piano and then hearing Cooke’s rendition, I felt the song had something to say today, in this era of reckless trashing of the environment and savage scorning of the benefits of the rule of law.


There are many versions the song. In some Jesus is nailed to a tree or rolls away the stone, or the sun refuses to shine. But in all these versions there is a tacit insistence that others were not, in fact, “there,” and thus they, or we, are living in darkness. We do not appreciate what it means that the Savior was crucified and then stabbed to make sure he was good and dead.

I am reminded of a line in Russian from the poet Anna Akhmatova, perhaps from “Requiem,” her affirmation of solidarity with the victims of the Stalinist purges. In my mind the translation is: You weren’t standing there. That is, you had to have been there to understand why people did the not always pleasant things they did to try to survive. But, as Sam Cooke sings, “I” was there. “I” have understood the scale and the implications of the tragedy.

So then, what is it that we who are standing here now are being urged to understand? That Christ, or goodness, is once again being crucified? That the crucifixion (or enslavement) of the poor and their allies, or of those attempting to speak truth to power, is not, as we would like to believe, a one-time event (or some regretted moment or moments in our distant past)? It’s something to be dealt with daily? Or at least it’s something that the downtrodden deal with on an almost daily basis?


While I am writing this, I would note that Cooke made several other excellent recordings with The Soul Stirrers, and that, over many decades, the group made excellent recordings without Cooke. I here note one from each category:

  • Something Here Inside (without Cooke) “Something here inside makes me know the Lord is my guide. . . . And something here inside makes me wanna treat everybody right. . . .  And something here inside makes me know that the brighter day is somewhere. . . . ”
  • Touch the Hem of His Garment. The lyrics of this latter song, in which Cooke again tells a story, are somewhat problematic insofar as they tell of a poor old woman who cannot afford medical care, and so she turns to faith-healing and to a guru (to say nothing of some self-styled patriarch in some big white house).

That said, I like how Jesus does not see the sick old woman who is trying to touch his garments, but still he turns around and cries out, “Somebody has touched me.”

We could imagine a public figure saying such a thing, for example, to one of his Secret Service guards. Meaning: there’s a problem here, a stranger has gotten too close. But in the song the feeling is that Jesus himself has been touched, in his heart, by the fact that a stranger has reached out to him.

(Allow me to recall again a line, here in translation, from the brochure of the Protestant church in La Rochelle: God calls on us never to ignore others—and, I will now add, be these others human beings or other entities—for it is through these others that he reaches out to us.)

Français

Étiez-vous là ? – Sam Cooke et les Soul Stirrers

L’un des plaisirs de travailler sur Montaigbakhtinian : l’occasion d’attirer l’attention sur l’excellent travail d’autres personnes. Dans ce cas, celui du « King of Soul » : le chanteur et compositeur américain Sam Cooke. L’un des premiers articles que j’ai publiés (il y a cinquante ans) concernait sa chanson pop de 1962 Having a Party. Mais je suis maintenant tombé sur ses premiers enregistrements avec le groupe de gospel de longue date, The Soul Stirrers.

Il y a notamment le chef-d’œuvre de Cooke, son interprétation de l’un des negro spirituals les plus célèbres : Were You There? De nombreux chanteurs célèbres, notamment Paul Robeson, ont enregistré cette chanson, souvent en lui donnant un caractère lourd/solennel. Cooke, fils d’un pasteur baptiste, en fait une histoire, et ainsi, par exemple, le chanteur/conteur dit que la raison pour laquelle il tremble en pensant à la crucifixion est qu’il était là, qu’il a vu le Sauveur être transpercé au côté.

Dans un tout autre ouvrage découvert récemment, un historien propose que, en 1914, les puissances européennes avaient commis un suicide. On pourrait dire que mettre à mort un sauveur, ou une sauveuse, quel qu’il(le) soit, est tout aussi suicidaire.

En 1940, « Were You There? » a été inclus dans le recueil de cantiques de l’Église épiscopale, devenant ainsi le premier spiritual à figurer dans un recueil de cantiques américain majeur. Il était apparemment aussi l’un des préférés du Mahatma Gandhi. Mais, après avoir d’abord joué cette chanson au piano, puis entendu l’interprétation de Cooke, j’ai senti que cette chanson avait quelque chose à dire aujourd’hui, à une époque où l’on détruit si imprudemment l’environnement et où l’on méprise sauvagement les avantages d’un État de droit.


Il existe de nombreuses versions de la chanson. Dans certaines, Jésus est cloué à un arbre ou roule la pierre, ou encore le soleil refuse de briller. Mais dans toutes ces versions, il y a une insistance implicite sur le fait que quelques-uns n’étaient en effet pas « là ». Et donc qu’ils, ou que nous vivons dans les ténèbres. Nous ne comprenons pas ce que signifie le fait que le Sauveur ait été crucifié puis poignardé pour s’assurer qu’il était bien mort.

Cela me rappelle un vers en russe de la poétesse Anna Akhmatova, tiré peut-être de « Requiem », son affirmation de solidarité avec les victimes des purges staliniennes. Dans mon esprit, elle insiste : tu n’étais pas là. C’est-à-dire que tu aurais dû être là pour comprendre pourquoi les gens ont fait des choses pas toujours très sympas pour essayer de survivre. Mais, comme le chante Sam Cooke, « moi », j’étais là. J’ai compris l’ampleur et les implications de la tragédie.

Alors, qu’est-ce que nous, qui sommes ici présents, sommes invités à comprendre ? Que le Christ, ou la bonté, est à nouveau crucifié ? Que la crucifixion (ou l’esclavage) des pauvres et de leurs alliés, ou de ceux qui tentent de dire la vérité au pouvoir, n’est pas, comme nous aimerions le croire, un événement unique (ou un ou plusieurs moments regrettables de notre lointain passé) ? Est-ce quelque chose auquel nous devons faire face quotidiennement ? Ou du moins, est-ce quelque chose auquel les opprimés sont confrontés presque quotidiennement ?


Pendant que j’écris tout cela, j’aimerais souligner que Cooke a réalisé plusieurs autres excellents enregistrements avec les Soul Stirrers et que, pendant plusieurs décennies, le groupe a continué à produire d’excellents enregistrements sans Cooke. J’en mentionne ici une de chaque catégorie :

  • Something Here Inside (sans Cooke) “Something here inside makes me know the Lord is my guide. . . . And something here inside makes me wanna treat everybody right. . . .  And something here inside makes me know that the brighter day is somewhere. . . . ” (Quelque chose en moi me fait savoir que le Seigneur est mon guide… Et quelque chose en moi me donne envie de traiter tout le monde avec respect… Et quelque chose en moi me fait savoir qu’un jour meilleur existe quelque part… )
  • Touch the Hem of His Garment. Les paroles de cette dernière chanson, dans laquelle Cooke raconte à nouveau une histoire, sont un peu problématiques dans la mesure où elles parlent d’une vieille femme pauvre qui n’a pas les moyens de se soigner et qui doit donc se tourner vers la guérison par la foi et vers un gourou (ou vers un patriarche autoproclamé dans une grande maison blanche ?).

Cela dit, j’aime le fait que dans cette chanson, Jésus ne voit pas la vieille femme malade qui essaie de toucher ses vêtements, mais il se retourna quand même et s’écria : “Somebody has touched me.” (Quelqu’un m’a touché.)

On pourrait imaginer une personnalité publique dire une telle chose, par exemple à l’un de ses gardes du corps. Ce qui signifie : il y a un problème ici, un étranger s’est trop approché. Mais dans la chanson, on a l’impression que Jésus lui-même a été touché, dans son cœur, par la fait qu’un étranger lui ait tendu la main.

(Permettez-moi de rappeler ici une phrase, traduite, tirée de la brochure de l’église protestante de La Rochelle : Dieu nous demande de ne jamais ignorer les autres – et j’ajouterai maintenant, qu’il s’agisse d’êtres humains ou d’autres entités – car c’est à travers ces autres qu’il nous tend la main.)

Español

¿Estuviste allí? – Sam Cooke y los Soul Stirrers

Uno de los placeres de trabajar en Montaigbakhtinian: la oportunidad de llamar la atención sobre el excelente trabajo de otras personas. En este caso, del «King of Soul»: el cantante y compositor estadounidense Sam Cooke. Una de las primeras piezas que publiqué (hace cincuenta años) tenía que ver con su canción pop de 1962 Having a Party. Pero ahora he descubierto sus primeras grabaciones con The Soul Stirrers, un grupo duradera de gospel, The Soul Stirrers.

En particular, sobresale la obra maestra de Cooke, su interpretación de uno de los espirituales negros más famosos: Were You There? Muchos cantantes famosos, entre los que destaca Paul Robeson, han grabado esta canción, a menudo cargándola de solemnidad. Cooke, hijo de un pastor baptista, la convierte en una historia y, así, por ejemplo, el cantante/narrador dice que la razón por la que tiembla al pensar en la crucifixión es porque él estaba allí, vio cómo le traspasaban el costado al Salvador.

En otra obra que he leído recientemente, un historiador propone que en 1914 los poderes europeos se suicidaron. Se podría decir que matar a un salvador, o a una salvadora, sea quien sea, es igualmente suicida.

En 1940, «Were You There?» se incluyó en el himnario de la Iglesia Episcopal, convirtiéndose en el primer espiritual en incluirse en cualquier himnario importante de Estados Unidos. Al parecer, también era uno de los favoritos de Mahatma Gandhi. Pero, al tocar primero esta canción en el piano y luego escuchar la interpretación de Cooke, sentí que la canción tenía algo que decir hoy, en esta época de destrucción temeraria del medio ambiente y desprecio salvaje de los beneficios del imperio de la ley.


Hay muchas versiones de la canción. En algunas, Jesús es clavado a un árbol o aparta la piedra, o el sol se niega a brillar. Pero en todas estas versiones hay una insistencia implícita de que unos cuantos no estaban, de hecho, «allí». Y que por lo tanto ellos, o nosotros vivimos en tinieblas. No apreciamos plenamente lo que significa que el Salvador fuera crucificado y luego apuñalado para asegurarse de que estaba bien muerto.

Me recuerda una frase en ruso de la poeta Anna Ajmátova, tal vez de «Réquiem», su afirmación de solidaridad con las víctimas de las purgas estalinistas. En mi mente, ella insiste: tú no estabas allí. Es decir, tenías que haber estado allí para comprender por qué la gente hacía cosas que no siempre eran agradables para intentar sobrevivir. Pero, como canta Sam Cooke, «yo» estuve allí. «Yo» he comprendido la magnitud y las implicaciones de la tragedia.

Así que, ¿qué es lo que se nos pide que entendamos a los que están aquí? ¿Que Cristo, o la bondad, está siendo crucificado una vez más? ¿Que la crucifixión (o la esclavitud) de los pobres y sus aliados, o de aquellos que intentan decir la verdad al poder, no es, como nos gustaría creer, un acontecimiento único (o un momento o momentos lamentables de nuestro pasado lejano)? ¿Es algo con lo que hay que lidiar a diario? ¿O al menos es algo con lo que los oprimidos lidian casi a diario?


Mientras escribo esto, me gustaría señalar que Cooke realizó otras excelentes grabaciones con The Soul Stirrers y que, a lo largo de muchas décadas, el grupo realizó excelentes grabaciones sin Cooke. Aquí destaco uno de cada categoría:

  • Something Here Inside (sin Cooke). “Something here inside makes me know the Lord is my guide. . . . And something here inside makes me wanna treat everybody right. . . .  And something here inside makes me know that the brighter day is somewhere. . . . ” (Algo aquí dentro me hace saber que el Señor es mi guía… Y algo aquí dentro me hace querer tratar bien a todo el mundo… Y algo aquí me dice que hay un día mejor por ahí… ).
  • Touch the Hem of His Garment. La letra de esta última canción, en la que Cooke cuenta otra vez una historia, es de alguna manera problemática en la medida en que habla de una anciana pobre que no puede permitirse la atención médica y así, ella recurre a la curación por la fe y a un gurú (por no hablar de algún patriarca autoproclamado en alguna gran casa blanca).

Dicho esto, me gusta cómo Jesús no ve a la anciana enferma que intenta tocar sus vestiduras, pero aun así se da la vuelta y exclama: “Somebody has touched me.” (Alguien me ha tocado).

Podríamos imaginar a un personaje público diciendo algo así, por ejemplo, a uno de sus guardias. Significado: hay un problema aquí, un extranjero se ha acercado demasiado. Pero en la canción se transmite el sentimiento de que Jesús mismo se ha sentido conmovido, en el fondo de su corazón, por el hecho de que un extranjero se le haya puesto la mano.

(Permítanme recordar de nuevo una frase, aquí traducida, del folleto de la iglesia protestante de La Rochelle: Dios nos pide que nunca ignoremos a los demás —y ahora añadiré, ya sean estos otros seres humanos u otras entidades—, pues es a través de ellos como Él se acerca a nosotros).

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