Solitaire (and cheating – tricher – Epstein – la vida – solitario)

English followed by une version en français y una versión en español.

A friend has alerted me to the existence of FreeCell, a solitaire-style card game in which all the cards are dealt face up and most deals are theoretically winnable. Readers will quickly see that such a game would struggle to find a place in the present essay.

Solitaire

I have never, until now, been a solitaire player, but lately I have been playing online as a way to pass the time while walking on a treadmill (for heart health and general fitness).

I believe that in the good ol’ days, cheating was standard in solitaire (as in life). You could move non-kings to empty columns and uncover a covered card (or several). But now I—having been dealt a weak head?—cannot see how to cheat playing online. As a result I lose much more often than I win.

I found one online post-er who said he had “played a little over 5000 games of solitaire, but only about 9% of these are actually victories.” This might be about my win rate on the treadmill. A New York Times article—Want to Win at Solitaire? Players Share Their Best Tips—suggests a possible win rate of 33 percent (playing Solitaired.com, which program I have never seen). And not to nitpick, but I believe the article conflates the terms “strategy”—a plan of action—with “tactic”: a maneuver or action itself.

So then comes the question of whether there are tactics that improve one’s chance of winning, or is it entirely a matter of the “luck of the draw”? The Times article offers some tactics, but to me these are so elementary, or intuitive, as to not deserve the name tactics. Solitaire players may say that they are, in playing, exercising their brains, and this seems to me true, but this involves thinking of the brain as a muscle rather than “an intelligence.” In a lifetime of solitaire playing, you don’t learn much—unless it’s what I’m noting here.


Of course I trot all this out as an analogy to life. If we have a reasonable grasp of the intuitively obvious tactics for “winning”—a concept we will be unable to define in the case of life, and particularly given the certainty of mortality – but if nonetheless. . .
We can win somewhere between 9 and 33 percent of the time. Or rather, we can feel confident we will lose somewhere between 67 and 91 percent of the time. And, perhaps most importantly, unless we have been dealt a defective brain, our success or failure will be almost entirely dictated by the cards we’ve been dealt.

And, yes, we—or our parents?—deal the cards ourselves, with our own hands or hormones acting robotically, but it is not these physical activities that influence our fate. And often we can be reasonably sure at or very near the start that we’ve got a losing set of cards. Perhaps some (suicide?) give up right away; myself, I play on, hoping against hope that my fate might prove different that it seems to be. (And can there be, in some cases, pleasure in playing a losing hand?)

And perhaps most importantly—and again, not only in solitaire—the more we are willing to cheat—and be this repeatedly, flagrantly and/or massively—the more certain we can be of “winning.” Though here—and with a mass of Jeffrey Epstein photos having been released by the US House of Representatives recently—we come back to the imposing question of what is winning? Does the solitaire winner, in her or his heart of hearts, feel s/he has won a game in which s/he has cheated?

My sense is that Wall Street and Pennsylvania Avenue, to pick just two American examples—and Epstein’s Little Saint James island hideout would be another—my sense is that such locales are littered with people who do indeed feel this way. Other humans—going back at least to Plato’s Socrates in the Gorgias—have questioned whether the cheaters can be right?

And must I add that, no matter how social our lives may seem to be—the photos smiling with famous friends—the last hand must be played alone.

Français

Solitaire

Je n’ai jamais été un joueur de solitaire jusqu’à présent, mais ces derniers temps, je joue en ligne pour passer le temps pendant que je marche sur un tapis roulant (pour ma santé cardiaque et ma forme physique générale).

Je crois que dans le bon vieux temps, tricher était la norme au solitaire (comme dans la vie). Vous pouviez déplacer les cartes autres que les rois vers des colonnes vides et découvrir une ou plusieurs cartes cachées. Mais maintenant – ayant reçu une mauvaise tête ? – je ne vois pas comment tricher en jouant en ligne. Du coup, je perds beaucoup plus souvent que je ne gagne.

J’ai trouvé un internaute qui disait avoir joué à un peu plus de 5 000 parties de solitaire, mais seulement 9 % d’entre elles se sont soldées par une victoire ». Cela correspond à peu près à mon taux de réussite sur le tapis roulant. D’après un article du New York Times sur comment gagner au solitaire, il est envisageable d’atteindre un taux de victoire de 33 % (en jouant sur Solitaired.com, un programme que je ne connais pas). Sans vouloir chipoter, je pense que l’article confond les termes « strategy » (stratégie : un plan d’action) et « tactic » (tactique : une manœuvre ou une action en soi).

Se pose alors la question de savoir s’il existe des tactiques qui améliorent les chances de gagner, ou si tout repose uniquement sur la « chance du tirage » ? L’article du Times propose quelques tactiques, mais elles me semblent si élémentaires, voire intuitives, qu’elles ne méritent pas le nom de tactiques. Les joueurs de solitaire diront peut-être qu’en jouant, ils font travailler leur cerveau, ce qui me semble vrai, mais cela implique de considérer le cerveau comme un muscle plutôt que comme une « intelligence ». Au cours d’une vie passée à jouer au solitaire, on n’apprend pas grand-chose, à moins que ce ne soit ce que je note ici.


Evidemment, je présente tout cela comme une analogie avec la vie. Si nous avons une compréhension raisonnable des tactiques intuitivement évidentes pour « gagner » – un concept que nous ne pourrons pas définir dans le cas de la vie, et en particulier compte tenu de la certitude de la mortalité – mais si néanmoins…

Nous pouvons gagner entre 9 et 33 % du temps. Ou plutôt, nous pouvons être sûrs de perdre entre 67 et 91 % du temps. Et, peut-être plus important encore, à moins qu’on nous ait reçu un cerveau défectueux, notre succès ou notre échec sera presque entièrement dicté par les cartes qui nous ont été distribuées.

Et, oui, nous – ou bien nos parents ? – distribuons les cartes nous-mêmes, avec nos propres mains ou nos hormones agissant de manière robotique, mais ce n’est pas ces activités physiques qui influencent notre destin. Et souvent, dès le début ou presque, nous pouvons être raisonnablement sûrs que nous avons des cartes perdantes. Certains (suicidaires ?) abandonnent peutêtre tout de suite ; pour ma part, je continue à jouer, espérant contre toute attente que mon destin sera différent de ce qu’il semble être. (Et peutil y avoir, dans certains cas, du plaisir à jouer une mauvaise main ?)

Et peut-être plus important encore – et de nouveau, pas seulement en solitaire – plus nous sommes prêts à tricher – et à le faire de manière répétée, flagrante et/ou massive – plus nous pouvons être certains de « gagner ». Mais ici, et à la vue des photos de Jeffrey Epstein récemment divulguées par la Chambre des représentants des États-Unis, nous en revenons à une question imposante: qu’est-ce que gagner ? Le gagnant du solitaire, au fond de son cœur, a-t-il le sentiment d’avoir gagné une partie dans laquelle il a triché ?

J’ai le sentiment que Wall Street et Pennsylvania Avenue à Washington, pour ne citer que deux exemples américains – et le repaire d’Epstein dans les Caraïbes (sur l’île Little Saint James) en serait un autre –, j’ai le sentiment que ces lieux regorgent de personnes qui pensent effectivement ainsi. D’autres êtres humains – remontant au moins au Socrate de Platon dans le Gorgias – se sont demandé si les tricheurs pouvaient avoir raison ?

Et dois-je ajouter que, quelle que soit la sociabilité apparente de nos vies – les photos où l’on sourit aux côtés d’amis célèbres –, la dernière main doit être jouée seul.

Español

Solitario

Hasta ahora nunca había jugado al solitario, pero últimamente lo hago online para pasar el rato mientras camino en la cinta (por salud cardíaca y para mantenerme en forma).

Creo que en los viejos tiempos, hacer trampa era algo habitual en el solitario (como en la vida). Podrías mover las cartas que no son reyes a columnas vacías y descubrir una o varias cartas cubiertas. Pero ahora, ¿quizás por tener mala suerte?, no veo cómo se puede hacer trampa jugando online. Por eso, pierdo mucho más a menudo de lo que gano.

Encontré a un internauta que decía haber jugado algo más de 5000 partidas de solitario, pero solo el 9 % de ellas terminaron en victoria. Eso se corresponde más o menos con mi tasa de éxito en la cinta. Según un artículo del New York Times sobre cómo ganar al solitario, es posible alcanzar una tasa de victorias del 33 % (jugando en Solitaired.com, un programa que no conozco). Sin querer ser puntilloso, creo que el artículo confunde los términos «strategy» (estrategia: un plan de acción) y «tactic» (táctica: una maniobra o acción en sí misma).

Entonces surge la pregunta de si hay tácticas que mejoran las posibilidades de ganar o si es solo cuestión de «suerte». El artículo del Times ofrece algunas tácticas, pero para mí son tan elementales o intuitivas que no merecen el nombre de tácticas. Los jugadores de solitario pueden decir que, al jugar, ejercitan su cerebro, y esto me parece cierto, pero esto implica pensar en el cerebro como un músculo en lugar de como «una inteligencia». En toda una vida jugando al solitario, no se aprende mucho, a menos que sea lo que estoy señalando aquí.


Por supuesto, planteo todo esto como una analogía con la vida. Si tenemos una comprensión razonable de las tácticas intuitivamente obvias para «ganar» —un concepto que no podremos definir en el caso de la vida, y especialmente dada la certeza de la mortalidad—, pero si, no obstante…

Podemos ganar entre el 9 y el 33 % de las veces. O, mejor dicho, podemos estar seguros de que perderemos entre el 67 y el 91 % de las veces. Y, quizás lo más importante, menos que nos hayan repartido un cerebro defectuoso, nuestro éxito o fracaso estará dictado casi en su totalidad por las cartas que se nos hayan repartido.

Y sí, nosotros —¿o nuestros padres?— repartimos las cartas nosotros mismos, con nuestras propias manos u hormonas actuando de forma robótica, pero no son estas actividades físicas las que influyen en nuestro destino. Y a menudo podemos estar razonablemente seguros, desde el principio o casi, de que tenemos cartas perdedoras. Quizás algunos (¿suicidas?) se rinden enseguida; yo, por mi parte, sigo jugando, con la esperanza de que mi destino sea diferente de lo que parece. (¿Y puede haber, en algunos casos, placer en jugar una mano perdedora?)

Y quizás lo más importante, y de nuevo, no solo en el solitario, es que cuanto más estemos dispuestos a hacer trampas, y a hacerlo de forma repetida, flagrante y/o masiva, más seguros podremos estar de «ganar». Aunque aquí —y en vista de las fotos de Jeffrey Epstein divulgadas recientemente por la Cámara de Representantes de los Estados Unidos— volvemos a la imponente pregunta de ¿qué es ganar? ¿El ganador del solitario, en lo más profundo de su corazón, siente que ha ganado un juego en el que ha hecho trampa?

Mi sensación es que Wall Street y Pennsylvania Avenue en Washington, por citar solo dos ejemplos estadounidenses –y el escondite caribeño de Epstein (en la isla Little Saint James) sería otro–, mi sensación es que esos lugares están llenos de gente que realmente se siente así. Otros seres humanos –remontándonos al menos al Sócrates de Platón en el Gorgias– se han preguntado si los tramposos pueden tener razón.

Y debo añadir que, por muy social que parezca nuestra vida —las fotos sonriendo con amigos famosos—, la última mano hay que jugarla solo.

— Text(s) and photograph by William Eaton.

More at Art, Sex, Politics, one of the two collections of Eaton’s essays that have been published by Serving House Books.

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