English followed by une version en français y una versión en español.
Life is too hard for us?
Having injured a hip playing tennis, I went to see a new doctor, a solo practitioner, and in France many doctors work without assistants or receptionists, so it was just him. Depressed, in his fifties. Gray, going slowly through the motions, nary a spark.
He was not the first depressed doctor I had encountered in Paris or New York, and I have met others who seemed not depressed but simply bored by their work. And I would add, inversely, that—in these lonely times of cellphones and social media—what seems most often to make people happy—the people I see on the streets of Paris—is to be with a friend, in conversation. I have come to wonder if the great gift of friends may not be to take us out of, away from ourselves, from our worries and other self-consuming thoughts.
The evening before I went to see the doctor I was at an artistic gathering in the apartment of an old friend. I spoke with a man—Carl, I’ll call him—who had gone to some elite school with my friend’s ex-husband. From the little I heard, Carl seemed to have had an interesting career, working around the world, some kind of environmental engineering. But now, approaching 80, he appeared not quite sickly, but not in good shape. A belly and coloring that suggested he got little exercise. A scruffy, disheveled look.
He wished to be remembered to the ex-husband, and he gave his name for that purpose. Though with a tone of voice that suggested he didn’t think his old schoolmate would be much interested in hearing of old friend Carl. Had they had a falling out, had Carl done something shameful?
Life is too hard for us, Freud once proposed: „ist zu schwer für uns.“ It brings us too much pain and disappointment, too many insurmountable challenges.
I sometimes wonder if I haven’t received – or not yet received – my full dose? And this notwithstanding several large, unexpected disasters and all the seething within, and of which I have the worst view. To say nothing of a sense, these past many years, of running up against other human beings, as of running into brick walls.
But I also recall a friend who proposed years ago—when my wife and I were in the midst of breaking up!—that I was the happiest person he knew. I believe what he meant was that an unusually large percentage of my life seemed to be devoted to doing things that he, as a professor of Greek philosophy, thought were the highest human callings. Writing, reading, making art, discussing philosophy, keeping my body in shape. (And raising my son, I will add.)
I must repeat that I also have the worst-best view of the seething within, and I am certainly aware that such female seekers of princes as may still remain cannot be bothered with me. Among other things, princesses, in my experience, have little interest in the sorts of things I like to do. Or is it, rather, the sorts of things I wish to talk about (for example, the contents of this text)?
Life is too hard, too many disappointments, challenges for which we lack the necessary strength, courage, sticktoitiveness, self-esteem. The other evening my nephew-in-law, who uses an extra room in my apartment, remarked how often he found me in a good humor. As I told him, we may have to conclude that I have been unusually fortunate.
Note
„Das Leben, wie es uns auferlegt ist, ist zu schwer für uns, es bringt uns zuviel Schmerzen, Enttäuschungen, unlösbare Aufgaben.“ Sigmund Freud, Das Unbehagen in der Kultur (Civilization and Its Discontents: Life, as we find it, is too hard for us; it brings us too many pains, disappointments.)
Français
La vie est trop dure pour nous ?
Après m’être blessé à la hanche en jouant au tennis, j’ai consulté un nouveau médecin, un praticien indépendant. En France, de nombreux médecins travaillent sans assistant ni réceptionniste, alors il n’y avait que lui. Déprimé, une cinquantaine d’années. Gris, faisant semblant, sans la moindre étincelle.
Ce n’était pas le premier médecin déprimé que je rencontrais à Paris ou à New York, et j’en ai rencontré d’autres qui ne semblaient pas déprimés mais simplement ennuyés par leur travail. Et j’ajouterais, inversement, qu’en ces temps de solitude, de téléphones portables et de médias sociaux, ce qui semble le plus souvent rendre les gens heureux – les gens que je vois dans les rues de Paris – c’est d’être avec un ami, en conversation. J’en suis venu à me demander si le plus beau cadeau que nous offrent nos amis n’est pas celui de nous sortir de nous-mêmes, de nous éloigner de nos soucis et de nos pensées négatives.
Le soir avant d’aller voir le médecin, j’étais à une réunion culturelle dans l’appartement d’une amie de longue date. J’ai parlé avec un homme – Carl, je l’appellerai ainsi – qui avait fréquenté une école d’élite avec l’ex-mari de mon amie. D’après ce que j’ai entendu, Carl semblait avoir eu une carrière intéressante, travaillant dans le monde entier, une sorte d’ingénieur en environnement. Mais maintenant, à l’approche de ses 80 ans, il ne semblait pas tout à fait malade, mais pas en bonne forme – mal habillé, ébouriffé. Un ventre et un teint qui suggéraient qu’il faisait peu d’exercice.
Il souhaitait que l’on se souvienne de lui auprès du ex-mari, et il a donné son nom à cette fin. Mais avec un voix qui laissait entendre qu’il ne pensait pas que son ancien camarade de classe serait très intéressé d’entendre parler de son vieil ami Carl. S’étaient-ils brouillés, ou Carl avait-il fait quelque chose de honteux ?
La vie est trop dure pour nous, a dit Freud : „ist zu schwer für uns.“ Elle nous apporte trop de souffrance et de déception, trop de défis insurmontables.
Je me demande parfois si je n’ai pas reçu – ou pas encore – toute ma dose ? Et ce, malgré plusieurs catastrophes importantes et inattendues et tout ce qui bouillonne à l’intérieur, et dont j’ai la plus mauvaise vue. Sans parler du sentiment, ces dernières années, de me heurter à d’autres êtres humains, comme à des murs de briques.
Mais je me souviens aussi d’un ami qui m’a dit, il y a des années – alors que ma femme et moi étions en train de rompre ! – que j’étais la personne la plus heureuse qu’il connaissait. Je crois qu’il voulait dire par là qu’un pourcentage anormalement élevé de ma vie semblait être consacré à des activités qu’il considérait, en tant que professeur de philosophie grecque, comme les plus hautes vocations humaines. Écrire, lire, faire de l’art, discuter de philosophie, garder mon corps en forme. (Et élever mon fils, j’ajouterai.)
Je dois répéter que j’ai aussi la meilleure et la pire vue sur ce qui bouillonne en moi, et je suis bien conscient que les chercheuses de princes qui subsistent encore ne se soucient pas de moi. D’après mon expérience, les princesses s’intéressent peu à la mode de vie qui me plaît. Ou est-ce le problème des choses dont j’aime parler (par exemple, des contenus de ce texte) ?
La vie est trop dure, trop de déceptions, trop de défis pour lesquels nous manquons de force, de courage, de ténacité, d’estime de soi. L’autre soir, mon neveu par alliance, qui utilise une chambre dans mon appart, m’a fait remarquer qu’il me trouvait souvent de bonne humeur. Comme je le lui ai dit, il faut peut-être en conclure que j’ai eu une chance exceptionnelle.
Español
¿La vida es demasiado dura para nosotros?
Tras lesionarme la cadera jugando al tenis, fui a ver a un nuevo médico, un médico en solitario, y en Francia muchos médicos trabajan sin ayudantes ni recepcionistas, así que sólo estaba él. Deprimido, en la cincuentena. Gris, lento, sin chispa.
No era el primer médico deprimido que encontraba en París o Nueva York, y he conocido a otros que no parecían deprimidos, sino simplemente aburridos de su trabajo. Y añadiría, a la inversa, que a menudo me sorprende -en estos tiempos solitarios de teléfonos móviles y redes sociales- que lo que parece hacer feliz a la gente -la gente que veo por las calles de París- es estar con un amigo, conversando. Me he llegado a preguntar si el gran regalo que nos brindan los amigos no será precisamente el de sacarnos de nosotros mismos, alejarnos de nuestras preocupaciones y demás pensamientos que nos consumen.
La tarde antes de ir a ver al médico estuve en una reunión artística en el apartamento de una amiga de mucho tiempo. Hablé con un hombre -Carl, le llamaré- que había ido a alguna escuela de élite con el ex marido de mi amiga. Por lo poco que oí, Carl parecía haber tenido una carrera interesante, trabajando por todo el mundo, en algún tipo de ingeniería medioambiental. Pero ahora, a punto de cumplir los ochenta, parecía no del todo enfermizo, pero tampoco en buena forma. Mal vestido, desaliñado. Barriga y tez que sugieren que hacía poco ejercicio.
Deseaba ser recordado por el ex marido, y me dio su nombre para ese propósito. Aunque con una voz que sugería que no creía que a su antiguo compañero de clase estuviera muy interesado en oír hablar de su viejo amigo Carl. ¿Se habían peleado? ¿Había hecho Carl algo vergonzoso?
La vida es demasiado dura para nosotros, propuso una vez Freud: „ist zu schwer für uns.“ Nos trae demasiado dolor y decepción, demasiados retos insuperables.
A veces me pregunto si no he recibido -o todavía no he recibido- mi dosis completa. Y eso a pesar de varias catástrofes importantes e inesperadas y lo que burbujea descontento al dentro, del que tengo la peor vista. Por no hablar de la sensación, en estos últimos años, de toparme con otros seres humanos, como si chocara contra paredes de ladrillo.
Pero también recuerdo a un amigo que me dijo hace años -¡cuando mi mujer y yo estábamos a punto de romper!- que yo era la persona más feliz que conocía. Creo que lo que quería decir era que un porcentaje inusualmente alto de mi vida parecía estar dedicado a hacer cosas que él, como profesor de filosofía griega, consideraba las más elevadas vocaciones humanas. Escribir, leer, hacer arte, discutir de filosofía, mantener mi cuerpo en forma. (Y criar a mi hijo, añadiré).
Debo repetir que también tengo la mejor y la peor visión del hervidero interior, y soy muy consciente de que los buscadores de príncipes que aún existen no se interesan por mí. Entre otras cosas, las princesas, según mi experiencia, tienen poco interés en el estilo de vida que yo disfruto. ¿O es ése el problema: las cosas de las que me gusta hablar (por ejemplo el contenido de este texto)?
La vida es demasiado dura, demasiadas decepciones, retos para los que carecemos de la fuerza, el coraje, la perseverancia y la autoestima necesarios. La otra noche mi sobrino, que usa una habitación en mi apartamento, me comentó lo a menudo que me encontraba de buen humor. Como le dije, quizá haya que concluir que he sido inusualmente afortunado.
— Text(s) and artwork by William Eaton.