“It was fun!” Je me suis bien amusée ! ¡Me lo he pasado muy bien!

Often I look back at Montagbakhtinian texts and revise them. And there are a few which seem worthy of renewed attention.

Thus readers will find reproduced here, in a bilingual format, a 2015 essay, which I drafted in French and then translated into English, exploring a few nuances in the process.

Y a esto, en 2024, añadí una versión en español, con esta diferencia: los textos en francés e inglés comienzan con un acontecimiento “reciente” (2015), mientras que el texto en español se remonta a este (y otros) acontecimientos pasados.

The images, which may serve, at best, as a kind of counterpoint, are reproductions of paintings by Abbott Fuller Graves (1859–1936), an American painter and illustrator who studied art in Paris, and in Italy.

“It was fun!” Je me suis bien amusée !

abbott_fuller_graves_ye_olde_time_drugge_shop_d5768450hTous les mois il faut que j’aille à une pharmacie, sur la Première avenue de l’ile de Manhattan, pour renouveler mon stock de pilules anti-cholestérol. J’ai peu de confiance dans la science – que ma vie va être prolongée ou améliorée par ce médicament. Prendre ces drogues fait partie des rites de la société actuelle. Si on dit de quelqu’un qui, aux fêtes, refuse de boire au moins un verre qu’il est un rabat-joie, on pourrait dire de même d’un individu à l’abri des exigences, pharmaceutiques ou autres, dont tous ses concitoyens sont la proie. Nous, les autres, faisons tant d’efforts, payons de telles sommes, subissons des tels traitements, pendant que lui, il agit comme si nous n’étions que des conformistes, des moutons, aussi prêts d’être amenés à l’abattoir que vers la bonne santé. Le plus grand risque qu’il court, un tel refuznik, est de se retrouver en dehors du mur, exclu de la société. « S’il est tellement sûr qu’il sait mieux que nous, que pourrons-nous faire pour, ou avec, lui ? »

Every month I have to go a pharmacy on First Avenue in Manhattan to refill my anti-cholesterol prescription. I don’t have much confidence in the science—that my life is going to be prolonged or improved by this drug. Taking these drugs is one of the rites of my society. Someone who at parties refuses to drink even one drink—he may be called a kill-joy. And we may similarly condemn a person who does not respond to the pharmaceutical and other demands that his fellow citizens shoulder. The rest of us make such an effort, pay such sums and undergo such treatments, while he, he acts as if we were just conformists, sheep, as ready to be led to a slaughter-house as to good health. The greatest risk that such a refusnik runs is of finding himself on the other side of the wall, excluded from his society. “If he is so sure that he knows better than any of the rest of us, what can we do for, or with, him?”

Mensuellement, donc, je passe à la pharmacie. Je fais un signe et offre un bonjour à Sam, le pharmacien. Il tape une fois ou deux sur son ordi, rempli une petite boite plastique d’une trentaine de pilules. Je paie mes cinq dollars et signe pour qu’une société d’assurance s’engage pour le reste. Et voilà, les révérences étant faites, et j’ai encore un mois à vivre en citoyen normal.

Therefore, every month I go to the pharmacy. I wave and say hello to Sam, the pharmacist. He does something quickly with his computer, fills a little plastic container with a month’s worth of pills. I pay my $5 and sign so that an insurance company will cover the rest. And there it is, I’ve shown my face at church and have another month to live as a normal citizen.

Mais cette fois-ci, à cette ambition conventionnelle s’ajoutait une deuxième : acheter une nouvelle brosse à dents. Assise par terre, quoiqu’en robe, il y avait une femme dans la quarantaine, une employée de Sam. Elle était confortablement assise pour se rendre plus facile la tâche d’augmenter les stocks sur l’étagère du bas. Les brosses à dents se trouvaient plutôt en haut. Elle a proposé de m’aider dans mes recherches, mais je lui ai répondu qu’il ne valait vraiment pas la peine qu’elle se dérange pour moi. Il y avait tout ce qu’il me fallait droit devant les yeux.

But this time, I have more in mind than this desire to conform. I also want to buy a new toothbrush. Sitting on the floor, although she is wearing a dress, there is a woman in her forties, one of Sam’s employees. She has been comfortably sitting there. This position makes it easier for her to refill the lower shelves with products. The toothbrushes are on the higher shelves. She offers to help me look, but I tell her that it’s really not necessary for her to get up. I have found all the possibilities. I just need to make a choice.

Quand même, elle s’est levée et nous avons commencé à parler brosses à dents. À ma manière, j’ai fait des petites remarques – qui sait sur quoi. La rencontre date déjà, et même juste après, quand je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose de vraiment remarquable en elle, j’avais du mal à me souvenir de mes mots. Je suppose que parmi mes phrases il devait y en avoir quelques-unes moqueuses, sur la capacité du capitalisme à transformer un simple produit comme la brosse à dent en tout une gamme de variations, chacune plus baroque et plus chère que l’autre, et chacune accompagnée par une promesse de me blanchir, me assainir, m’améliorer grâce à ces divergences de la forme et des matériaux classiques d’une brosse à dents.

Nevertheless, she gets up, and we began to talk toothbrushes. As is my wont, I make various quips, none of which I can remember now. It’s not just that this conversation took place some time ago; even right afterwards, when I realized that she was, in a sense, a remarkable person, I couldn’t remember exactly what it was I had said. I suppose that, among my phrases, there must have been some that made fun of capitalism’s ability to turn a simple product like a toothbrush into a whole panoply of possibilities, each more baroque and expensive than the next, and each decorated with a promise to make me whiter, healthier and better, and all this thanks to small differences in the form and materials of a simple, traditional toothbrush.

Trois minutes de bavardages conclues, j’ai choisi une des plus simples et, assez conventionnellement, j’ai dit merci à la dame pour m’avoir aidé.
« Thank you », a-t-elle répondu. « It was fun! » (Merci à vous ! Je me suis bien amusée!)

After a few minutes of such banter, I picked one of the simplest models and, in the conventional manner, thanked the woman for her assistance.
“Thank you,” she exclaimed. “It was fun!”

Ce qui m’a frappé le plus n’était pas que nous étions arrivés à enjoliver l’activité de choisir une brosse à dents avec un bavardage amusant, mais que, au lieu d’un sourire simple et d’une tonalité détendue, cette personne a reconnu ouvertement le plaisir, dans une phrase. Sur une des feuilles dont la poche gauche de mon pantalon est toujours remplie, j’ai griffonné: « peut-être pas un grand moment dans l’histoire de la culture, mais peut-être ». Arrivons-nous, ou pour certains d’entre nous, à pouvoir apprécier que, dans ce vingt-et-unième siècle après la naissance du petit Jésus, les grands moments de nos vies, ou les moments les plus joyeux ou les plus chaleureux, soient souvent aussi parmi les plus petits, les plus brefs et banals ? Dans nos vies atomisées (devrais-je en arriver jusque-là ?) il se peut que trois minutes passées avec une inconnue – des inconnus dans une terre étrange, comme disait Moïse – puissent être les points culminants de nos journées.

I was most struck not by the fact that we had been able, with a little wit, to enliven the task of choosing a toothbrush, but rather by how, instead of simply smiling and offering a warm thank you, this clerk had recognized openly the pleasure of the moment. She had put the pleasure into words. My left pants pocket is always full of scraps of paper on which I make notes, and now I added to them: “perhaps not a great moment in the history of the culture, but perhaps.” Are we getting to a point at which we, or some of us, are able to appreciate that, in this twenty-first century after the birth of the baby Jesus, the great moments of our lives, or the most joyful and warm moments, are often also some of the most incidental, brief and banal?

abbott-fuller-graves-the-nest-egg-approximate-original-size-32x46 

Ce mois-là, parmi pleins d’autres activités, j’avais commencé à prendre quelques notes pour un essai éventuel sur ce que nous pourrions appeler la sociabilité banale – c’est-à-dire toutes les petites conversations sur n’importe quoi qui remplissent nos journées. Par exemple, un gardien est payé pour monter la garde ou une serveuse pour prendre les commandes et y répondre, ou des immigrés sans papiers pour plier le linge, nettoyer les toilettes, faire la vaisselle. Mais d’une autre perspective leurs journées sont remplies des séries de petites conversations avec leurs collègues et clients (ou, faute de mieux, avec leur chef ou leur employeur). Les sujets de ces conversations sont souvent banals, sans beaucoup d’intérêt, mais elles offrent de petites diversions, les petits sourires des plaisanteries, et de la chaleur, même si elle est normalement faible. Par le moyen des mots, nous touchons brièvement l’esprit ou le cœur d’un autre être et sommes touchés nous aussi à notre tour.

That month, among many other activities, I had begun making notes for a possible essay about what we might call banal sociability—that is, all the little conversations about next to nothing with which our days are filled. For example, a security guard is paid to guard or a waitress to take orders and bring dishes; undocumented aliens fold our laundry, clean our toilets, wash our dishes. But, from another perspective, these people’s days are filled with many little conversations with their coworkers and clients (or, if necessary, with their supervisor or employer). The subjects of these conversations are often incidental and lacking in interest, yet the conversations offer little diversions, with the little smiles that wit may bring, and with warmth. A feeble warmth it may often be, but still. With our words we touch briefly the mind or heart of another human being and are touched in our turn.

On peut dire que l’essai, s’il ne vient pas d’être écrit, attend le recueil de quelques bons exemples. Pour l’instant, dans mon ordi, je n’en ai que ces deux suivants. Je les aime bien, mais ils sont plutôt de jolies variations que la chose elle-même en toute sa pureté banale.

We might say that this essay, if it has not just been completed, awaits my collecting some more good examples. For the moment, in my computer, I only have the two I will now retail. I like them, but they are closer to nice variations on my theme than good examples of these conversations in their purest banality.

abbott-fuller-graves-the-duck-pond-flickr-photo-sharing-1384217683_bUn matin pluvieux et venteux je traversais l’île pour aller prendre mon café et commencer ma journée de travail dans un café d’Union Square. A coin d’une rue, attendant, comme moi, le changement de feu, il y avait une jeune femme qui s’agrippait à son parapluie et se trouvait soulever du macadam comme par magie. Il semblait qu’elle avait peur de décoller avec le vent, mais elle souriait, excitée par cette possibilité et par l’énergie de ce temps hors du commun. « It’s exciting », j’ai dit. « We can pretend we’re on a ship. » C’est stimulant. Nous pouvons nous imaginer sur un bateau.

One rainy, windy morning I was crossing the island to have my coffee and begin my day in a Union Square café. On a street corner, awaiting, as I was, the changing of the light, there was a young woman who was holding tight to her umbrella and who seemed on the verge of being magically lifted from the pavement. She also seemed a bit afraid of being carried off by the wind, yet she was smiling, excited by this possibility and by the unusual energy of this morning’s weather. “It’s exciting,” I said. “We can pretend we’re on a ship.”

Je n’attendais pas nécessairement une réponse, et je n’en ai reçu aucune, à part le détour de son regard en ma direction pour deux secondes pendant que le feu changeait et avant que chacun de nous devait trouver comment descendre du trottoir sans trop souiller nos chaussures. Avec mon « we can pretend » je nous avais mis ensemble, ou même avais proposé un week-end sur un bateau ? Bien sûr, son regard n’a pas signalé qu’elle s’inscrirait à un tel voyage (et avec un homme qui a 60 ans, d’ailleurs). Elle avait simplement apprécié la pertinence de mon observation. Puisque mes quelques mots avaient montré que nos esprits se rapprochaient, ce matin pluvieux au moins, cette jeune femme avait un moment pour m’inclure dans son monde, pour prendre conscience de mon existence et même de ma singularité. Et rien que cela, quoiqu’il n’ait duré que la minute qu’il nous a fallu pour arriver de l’autre côté de la rue, m’a bien réchauffé ; elle a rendu cette traversée matinale un peu plus douce que la normale.

I did not consider myself entitled to a response, and I did not receive one, except for a very brief turning of her glance toward me, for two seconds while the light was changing and before we each had to find a way to step from the sidewalk into the street without getting our shoes soaking wet. With my “we can pretend” I had, however briefly, united us—perhaps even proposed a weekend together, on a ship, as it were. Of course her glance did not indicate that she would sign up for such a trip (and with a man who was 60 years old!). She had simply appreciated the pertinence of my remark. Since my several words had shown that our minds were not entirely dissimilar, or at least not on this rainy morning, this young woman had a moment to include me in her world, to be aware of my existence and even of my singularity. And just this little moment of recognition, and even though it did not outlast the minute it took us to get to the other side of the street—it warmed me. This woman had helped make my morning walk a little sweeter than usual.

Fuller flirting 

Évidemment je ne suis pas quelqu’un qui ne tient pas de ses contributions aux moments de bonheur. Mais je ne suis pas non plus aussi égoïste pour ne pas pouvoir imaginer que des millions et des millions de ces moments ont lieu chaque journée, et que leur vaste prépondérance s’enflamme et s’éteint sans mes modestes contributions et même sans ma connaissance de leurs existences.

Clearly I am not shy about giving myself a good deal of credit for these little happy moments. But nor am I so self-centered as to be unable to imagine that millions upon millions of such moments are taking place every day, and that the vast majority of the moments spring up and die down without my assistance and even without my being at all aware of their existence.

Le deuxième exemple pour terminer cette ébauche. Dans un supermarché pas chic, une caissière pas jeune, ni belle ni moche, une américaine normale mais pauvre, quelqu’un qui gagne au maximum le salaire minimum prescrit par la loi, profite d’une pause pour baragouiner avec le manager et un autre employé. Cet autre, un homme dans la quarantaine, loin d’être en forme ou d’être bronzé par des week-ends au large ou à la plage, porte un T-shirt orange, et la caissière se moque de lui, et se rit bien, en lui disant à quel point l’orange lui ne va pas.

I will conclude this first exploration of this topic with my second “variation.” In my neighborhood supermarket (an undistinguished place), a not young cashier—neither pretty nor ugly; a typical, poor American worker, someone earning at most the minimum wage—was enjoying her break, bantering with the floor manager and another employee. This other employee, a man in his forties—rather overweight (or lumpy) and hardly tanned from boating weekends or beach vacations—was wearing an orange T-shirt. The cashier was making fun of him, telling him again and again, and in various ways, that orange was certainly not his color.

D’autres écrivains pourraient utiliser un tel échange pour illustrer une manière plouk de draguer ou pour illustrer comment, pour rire, nous avons besoin souvent (sinon toujours) d’un autre identifié comme plus boiteux, plus bête ou plus laid, ou plus mal dans sa peau, que nous. Mais, encore une fois, mon intention est de poser cette question : où se trouve le plaisir et la chaleur dans nos vies actuelles ? Je n’avais pas l’impression que le monsieur se sentait maltraité par la caissière. Loin de là, il comptait pour elle. Lui et son T-shirt rendaient supportables les clients et produits, les échanges d’argent et le remplissage de sacs en plastique, le long trajet en métro et en bus pour arriver du désordre de son quartier jusqu’à la lumière blafarde de son boulot, et rebelote.

Other writers might use such a conversation as an example of how the working classes flirt or of how, in order to laugh, we often need (always need?) an object: someone identified as more lame or stupid or ugly, or more uncomfortable and inappropriate, than we are. But, once again, my intention is, rather, to ask: Where in our lives today do we find pleasure and warmth? I did not feel that the other employee felt mistreated by the cashier. Far from it—he could feel that he mattered to her. He and his T-shirt helped make bearable all the customers and products; the passing of money; filling plastic bags; the long back and forth by subway and bus, from the disorders of home to the pallor of the job.

Je ne suis pas trop fier pour d’admettre que ma vie de linguiste et d’écrivain a aussi ses désordres et sa lumière trop pâle. À n’importe quel niveau où vous vous trouvez les récompenses peuvent vous sembler insuffisantes, et personne n’est à l’abri de petites fautes de goût. Les distances entre vous et les gens qui vous entourez peuvent sembler infranchissables. Si une journée vous accorde le coup d’œil d’un inconnu, les moqueries affectueuses d’un collègue, ou un « Je me suis bien amusée » d’un magasinier,… ne devrions-nous rien demander de plus ?

I am not too proud to admit that my own life as a linguist and writer has its own disorders and pallor. At whatever rung of the ladder we find ourselves, the rewards can seem to come up short. And all of us have our orange T-shirts, our awkwardnesses. The distances between us and the people around us can seem vast. If one day brings you a glance from a stranger, a colleague’s teasing, or a stocking clerk’s “It was fun!”—should we ask for nothing more?

(C’est un autre essai.)

(That’s another essay.)

Español

¡Gracias! ¡Me lo he pasado muy bien!

Por aquel entonces, tenía que ir cada mes a una farmacia de la Primera Avenida de Manhattan para renovar mi reserva de pastillas para el colesterol. ¿Tenía una especie de fe ciega en la ciencia, en la idea de que mi vida no sólo se prolongaría sino que incluso mejoraría con las drogas? ¿O es que había médicos y familiares dispuestos a condenarme si no tomaba esas pastillas? ¿Alguien que se niega a beber en las fiestas es un aguafiestas, y alguien que no compra drogas, que no lucha contra los efectos secundarios, que no sufre exámenes…?

Fishermen in ConversationEn cualquier caso, cada mes iba a la farmacia. Saludaba a Sam, el farmacéutico. Él hacía algo en su ordenador y llenaba un pequeño recipiente de plástico con pastillas. Yo pagaba mis 5 dólares y firmaba en una tableta electrónica para que mi compañía de seguros pagara su parte. Luego podía irme a casa satisfecho. Había dado la cara en la iglesia y me quedaba al menos un mes de vida como ciudadano respetable.

Pero esta vez en particular, quería más: comprar un cepillo de dientes nuevo. Y en el pasillo de productos dentales encontré a una mujer de unos cuarenta años, una de las empleadas de Sam, sentada en el suelo, aunque llevaba un vestido. Su posición le permitía llenar de productos los estantes inferiores.

Los cepillos de dientes estaban en los estantes superiores. Y se ofreció levantarse y ayudarme en mi búsqueda. Pero le dije que no merecía la pena. Tenía todo lo que necesitaba delante de mí.

Sin embargo, se levantó y empezamos a hablar cepillos de dientes. Como es mi costumbre, hice pequeños comentarios, quién sabe sobre qué. Nuestra charla tuvo lugar hace mucho tiempo, pero incluso poco después, cuando me di cuenta de que había algo que merecía más atención, no recordaba nada en particular de lo que yo había dicho.

Supongo que al menos una de mis frases debía burlarse de la capacidad del capitalismo para convertir un producto tan simple como un cepillo de dientes en toda una gama de variaciones, cada una más barroca y cara que la siguiente, y cada una acompañada de la promesa de blanquearme, higienizarme, mejorarme.

Tras tres minutos de charla, elegí uno de los cepillos más sencillos y le di las gracias a la mujer por ayudarme.

“Thank you!”, respondió ella. “It was fun!” (¡Gracias! ¡Me lo he pasado muy bien!)

Lo que más me sorprendió no fue tanto que esa mujer y yo hubiéramos conseguido embellecer la actividad de elegir un cepillo de dientes con una charla divertida, sino que, en lugar de una simple sonrisa y un tono relajado, esa persona había reconocido abiertamente, con palabras, el placer de la experiencia. En una de las hojas de papel de las que siempre está lleno el bolsillo izquierdo de mi pantalón, garabateé: “Quizá no sea un gran momento en la historia de la cultura, pero quizá sí”.

¿Seriamos -u algunos de nosotros- capaces de apreciar que, en este siglo XXI después del nacimiento de Jesús, los grandes momentos de nuestras vidas, o los momentos más alegres o reconfortantes, se encuentran a menudo también entre los más pequeños, los más breves y banales? En nuestras vidas atomizadas, puede que tres minutos pasados con un extraño -un extranjero en tierra extraña, como dijo Moisés- sean el punto culminante de toda una semana.

Ese mes, entre otras muchas actividades, empecé a apuntar algunas notas para un ensayo sobre lo que podríamos llamar “la sociabilidad banal”: todas las pequeñas conversaciones sobre cualquier cosa que llenan nuestros días. Por ejemplo, a un guardia de seguridad se le paga por montar guardia, o a una camarera por tomar y responder a los pedidos. O a los inmigrantes sin documentos por doblar la ropa, limpiar retretes y fregar platos. Pero desde otra perspectiva, sus días están llenos de una serie de pequeñas conversaciones con sus colegas, clientes, jefe o empleador. Los temas de esas conversaciones son a menudo mundanos, pero ofrecen diversión; pequeñas sonrisas después de chistes familiares. Hay una calidez, aunque a menudo sea tenue. A través de las palabras, de los signos de nuestros rostros, tocamos por un instante la mente o el corazón de otro ser, como él o ella también nos tocan a nosotros.

Una mañana lluviosa y ventosa cruzaba la isla para tomar mi café y empezar el día en una cafetería de Union Square. En una esquina, esperando también a que cambiara el semáforo, una joven se aferró a un paraguas y se vio levantada de la acera como por magia. Parecía a la vez temerosa de emprender el vuelo y excitada por la posibilidad, por la energía de este tiempo inusual.

“We might pretend we’re on a ship”, le dije. (Podríamos fingir que estamos en un barco.)

No esperaba necesariamente una respuesta, y sólo recibí su mirada durante unos segundos mientras cambiaba la luz y antes de que cada uno de nosotros tuviera que ingeniárselas para bajarse de la acera sin ensuciarse demasiado los zapatos.

Mi “we” nos había reunido brevemente, aunque no había ningún indicio en sus ojos de que pronto se uniría a este viejo en el yate que yo no poseía. (Y en realidad, mis oídos internos son demasiado sensibles para que yo quiera tan solo subirme a un barco en dique seco). La joven simplemente había apreciado la pertinencia y lo insólito de mi observación. Y así, en medio de la lluvia y a pesar de las tareas que le esperaban en su despacho, tuvo un momento para incluirme en su mundo, para tomar conciencia de mi existencia e incluso de mi singularidad. Y sólo eso, aunque sólo durara el minuto que tardamos en llegar al otro lado de la calle, me conmovió. Ella -o ella y yo- habíamos hecho que esta mañana fuera un poco más dulce de lo habitual.

Obviamente, no vacilo en atribuirme el mérito de estos momentos de felicidad. Pero, sí, aprecio que la inmensa mayoría de los millones y millones de esos momentos que ocurren cada día surjan y desaparezcan sin mi intervención, e incluso sin que yo sea lo más mínimo consciente de su existencia.

Un segundo ejemplo para concluir este texto. En el poco distinguido supermercado de mi barrio, una cajera no tan joven -una estadounidense normal pero pobre, que gana como mucho el salario mínimo legal- aprovecha una pausa para charlar con el encargado y otro empleado. Este otro, un hombre de unos cuarenta años, gordito y sin el bronceado de un marinero de fin de semana o de un conejito de playa, lleva una camiseta naranja, y la cajera se ríe de él, diciéndole lo mal que le sienta el naranja.

Otro escritor podría utilizar ese intercambio para ilustrar una forma de ligar de la clase trabajadora o para señalar cómo, para reír, a menudo necesitamos un objeto lamentable: alguien identificado como más cojo o estúpido o feo, o más incómodo e inapropiado, que nosotros. Pero yo volvería a esta pregunta: ¿dónde encontrar la diversión o la calidez en nuestras vidas hoy en día?

No me pareció que el otro empleado se sintiera maltratado por la cajera. Al contrario, él sentía que le importaba. Sus bromas hacían soportables los clientes y productos, los intercambios de dinero, el rellenar de las bolsas plásticas, el largo viaje en metro y autobús desde la mugre de su barrio hasta el resplandor fluorescente de su trabajo, y viceversa.

Abbott Fuller Graves (American artist, 1859 – 1936) Flower SellersNo me avergüenza admitir que mi vida también tiene sus líos y su pálida luz. En cualquier nivel en el que te encuentres, las recompensas -¿la falta de ese amor del que nadie debería prescindir? – pueden parecer insuficientes. Y yo también tengo, digamos, unas cuantas camisetas naranjas.

Si un día nos concede la mirada de un desconocido, la burla cariñosa de un colega o un “me lo he pasado muy bien” del dependiente de una tienda… ¿no deberíamos pedir nada más?

(Eso es otro ensayo).

— Text(s) by William Eaton.

13 comments

  1. Je me suis bien amusée moi-même. Also it was a great brush-up on reading French. You must have been aware, although you don’t mention it, of the undercurrent of sexual interest coloring each of of your examples. If the pharmacy clerk helping you find a new toothbrush had been a man in his forties in overalls would he have been equally “bien amuse,” and would you?

    • A woman of my acquaintiance, and who I believe is about 70, has been remarking similarly about Surviving the Twenty-First Century. When it casts a longing eye, the woman is often about 25 years old. That said, I don’t think you’re quite right. I had no sexual interest (that I know off) in the woman who helped me find the toothbrush, and the sexual interest in the supermarket example was between the employees, both middle-aged. I was merely overhearing. As for the young woman in the wind and rain to whom I suggested we might be on a boat, . . . There you’ve got me.

      Btw, as regards your own “WRITING SHORT: 14/50,” I happened to recall that the same day as Jonah and I bought the infamous hot dog of “Story of New York” we went to one of Daniel Boulud’s restaurants. So you see how impregnated with thievery and conflict that Thanksgiving Day was! – Wm.

      • You don’t get me on the ropes so easily, Wm. I didn’t suggest it was always your sexual interest. Surely two middle-aged supermarket employees might so enjoy their banter with each other because one is a woman and the other not. As for the toothbrush lady, I wager she wouldn’t have enjoyed herself quite so much if you too had two X chromosomes.

        P.S. Please overlook double reply. I thought the first, laboriously picked out on a smart phone, didn’t go through. So I came upstairs to the desktop just to be sure of some successful banter with you.

      • Ah, I see. Self-centeredly, I was imagining you were proposing that the erotic interest was mine in the “toothbrush lady,” but in fact the cathexis was from her to me. And did she, once in the privacy of her home, write an erotic story involving toothbrushes of various traditional and contemporary designs? – Wm.

  2. Je me suis bien amusee, moi-meme. It was also a great brush up on reading French. Of course, you must have been aware of the sexual undertow in each of your examples. Would you have felt quite the same if a fortyish man in overalls had helped you find your toothbrush?

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