A few notes on literature, impérialisme y España

English followed by une version en français y una versión en español. There is also a Notes section in English.

A few notes on literature, imperialism and Spain

The other day I had an opportunity to read two of my poems at the Instituto Cervantes in Paris. On this occasion—a celebration of Europe’s living heritage and of sport in literature—I was, though hardly unhappily, the odd person out; the Institute had in mind stimulating interest in native-Spanish-speaking writers. In the Notes section below readers will find the names of the other writers and works presented at this celebration, and I have added links to certain texts.

The event has also led to me to write out the following simple thought which has been circulating in my mind since I visited Seville last January. Readers, please do not imagine this is an essay; it’s a thought, or two or three.

With English for the moment the global lingua franca, one might also imagine that more novels would be translated into English than out of it. This seems not the case. There are many well-established French writers of whose books not a single one has been translated into English, and this isolation, let’s call it, is yet more pronounced for Spanish writers. And for French songwriters. One rarely hears their work in Paris restaurants and cafés where, as a rule, American pop tunes are used for background music. (Yes, a key word here is “imperialism.”)

The case of Spain and its writers, or its culture more generally, is of particular interest. Of course certain Spanish writers and artists—Cervantes, Goya, Almodovar, Picasso, Julio Iglesias, to name a few—are well known around the world, yet, at the same time, I have the sense that a great deal of contemporary Spanish culture, and Spanish creative writing in particular, remains impressively self-enclosed and notwithstanding globalization and mass tourism. I imagine, perhaps incorrectly, that some of this has to do with the geographical isolation of Spain over many millennia before the Age of Exploration and then the invention of the airplane. And some seems to have to do with the rigorous censorship of the Franco regime.

Let me stress here that I am not referring to Spanish-language writers more generally. For various reasons, to include proximity to the United States, contemporary Latin American writers seem much better known in English-speaking countries than Spanish writers do. Garcia Márquez, Vargas Llosa, Borges, Neruda, Isabel Allende and Laura Esquivel come quickly to mind, as do American writers with Dominican ancestry—Julia Alvarez and Junot Diaz, for example.

I do not wish to propose that Spanish writers are, therefore, at a disadvantage. Of course it is highly unlikely they will earn the money or achieve the global renown that a few people writing in English can. One would be surprised to find a Spanish equivalent of Sally Rooney, Salman Rushdie, Patti Smith or Stephen King. But this could also mean that Spanish writers are nurtured, in various ways, by a greater sense of community; they know the people for whom they are writing.

I pause to contrast this to my own situation. Montaigbakhtinian now has more than six thousand followers around the world, but I know only a very few of these people and have very little idea what your interest in my writing is.

Since I have mentioned Seville, I will conclude with a few words inspired by flamenco. Apparently, as with breakdancing in the late-twentieth-century United States, flamenco took wing as a way for an impoverished minority to entertain and thus gain money from wealthier outsiders. It is not some indigenous art form that tourists eventually discovered; without the wealthier outsiders, no flamenco. And of course we are very pleased to have flamenco, and to have it continue to be a vibrant art form, and this despite mass tourism (with its demands that three-star stuff never change, that flamenco, or break-dancing, be as fixed in form as the Eiffel Tower).

Am I touching here on an advantage that Spanish writers enjoy: because the market is smaller, the market pressures, though hardly absent, might be less fierce? (Perhaps on another occasion I will express my discontent with American rap music, how—to this outsider—the rap artists seem imprisoned in stereotypes of the African American experience. And sadly, not entirely dissimilar stereotypes also “inspire” American police to shoot to kill.)

Notes

D. Ricardo Palma, Miembro Correspondiente de las Reales Academias Española y de la Historia, y Director de la Biblioteca Nacional de LimaMany thanks to the organizer of the event: Ana Roca Gadea, Jefa de Biblioteca Octavio Paz, Instituto Cervantes de París. Among the stories and poems on the themes of our living heritage and sport in literature that were read (in the framework of the yearly French Journées du Patrimoine and with France hosting the Rugby World Cup):

à 25 ans, la numéro 1 mondiale Ashleigh Barty prend sa retraiteIn addition, I read, in English, these two poems:

Au moment de citer et de faire des liens vers toutes ces œuvres hispaniques et anglophones, permettez-moi de saluer le réalisateur et scénariste français Thomas Lilti et l’équipe d’acteurs et autres qui ont réalisé l’excellent film, Un métier sérieux (2023, English title: A Real Job). La personne avec qui j’ai vu ce film a noté son absence d’intrigue, et il me semble que cela fait partie du charme du film et lui permet de présenter un très grand nombre de personnages en 101 minutes. Une autre grande partie du charme du film est plus problématique, bien que réconfortante : le degré extraordinaire, voire incroyable, de solidarité entre tous les enseignants et les administrateurs d’un collège français. Un antidote utile pour moi, en tout cas, puisque je venais de relire Boule de suif, avec sa vision plus réaliste et beaucoup moins réconfortante de la “solidarité” humaine.

Français

Quelques notes sur la littérature, l’impérialisme et l’Espagne

L’autre jour, j’ai eu la chance de lire deux de mes poèmes à l’Instituto Cervantes à Paris. À cette occasion – une célébration du patrimoine vivant de l’Europe et du sport dans la littérature – j’étais, bien que ce ne soit pas malheureux, un peu isolé ; l’Institut avait en tête de stimuler l’intérêt pour les écrivains de langue maternelle espagnole. Dans la section Notes, en anglais ci-dessus, les lecteurs trouveront les noms des autres écrivains et des œuvres présentées lors de cette célébration, et j’ai ajouté des liens vers certain textes.

L’événement m’a également amené à rédiger la simple pensée suivante, qui circule dans mon esprit depuis que j’ai visité Séville en janvier dernier. Lecteurs, svp, n’imaginez pas qu’il s’agit d’un essai ; il s’agit d’une pensée, ou de deux, ou de trois.

On pourrait imaginer aussi, l’anglais étant pour l’instant la lingua franca mondiale, qu’il y aurait plus de romans traduits en anglais que de romans traduits à partir de l’anglais. Il semble que ce ne soit pas le cas. Il y a beaucoup d’écrivains français bien établis dont pas un seul livre n’a été traduit en anglais, et cet isolement, disons-le, est encore plus prononcé pour les écrivains espagnols. Et pour les auteurs-compositeurs français. On entend rarement leurs œuvres dans les restaurants et les cafés de Paris où, en règle générale, les airs de pop américaine sont utilisés comme musique de fond. (Oui, un mot clé ici est « impérialisme »).

Bien sûr, certains écrivains et artistes espagnols – Cervantes, Goya, Almodovar, Picasso, Julio Iglesias, pour n’en citer que quelques-uns – sont très connus dans le monde entier. Pourtant, j’ai l’impression qu’une grande partie de la culture espagnole contemporaine, et de la création littéraire espagnole en particulier, reste remarquablement fermée sur elle-même, en dépit de la mondialisation et du tourisme de masse. J’imagine, peut-être à tort, que cela est dû en partie à l’isolement géographique de l’Espagne pendant plusieurs millénaires avant l’ère de l’exploration et, puis, l’invention de l’avion. Et une partie semble être liée à la censure rigoureuse du régime franquiste.

Permettez-moi de souligner ici que je ne fais pas référence aux écrivains de langue espagnole en général. Pour diverses raisons, y compris la proximité des États-Unis, les écrivains latino-américains contemporains semblent beaucoup plus connus dans les pays anglophones que les écrivains espagnols. Garcia Márquez, Vargas Llosa, Borges, Neruda, Isabel Allende et Laura Esquivel viennent rapidement à l’esprit, tout comme les écrivains américains d’origine dominicaine – Julia Alvarez et Junot Diaz, par exemple.

Je ne veux pas dire que les écrivains espagnols sont donc désavantagés. Bien entendu, il est très peu probable qu’ils gagnent autant d’argent ou atteignent une renommée mondiale que le font quelques personnes qui écrivent en anglais. On serait surpris de trouver un équivalent espagnol de Sally Rooney, Salman Rushdie, Patti Smith ou Stephen King. Mais cela pourrait aussi signifier que les écrivains espagnols sont nourris, de diverses manières, par un plus grand sens de la communauté ; ils connaissent les personnes pour lesquelles ils écrivent.

Je m’arrête un instant pour comparer cette situation à la mienne. Montaigbakhtinian compte aujourd’hui plus de six mille adeptes dans le monde entier, mais je ne connais que très peu de ces personnes et j’ai très peu d’idée de l’intérêt que vous portez à mes écrits.

Puisque j’ai parlé de Séville, je conclurai avec quelques mots inspirés du flamenco. Apparemment, comme pour le breakdancing aux États-Unis à la fin du vingtième siècle, le flamenco a pris son essor en tant que moyen pour une minorité appauvrie de se divertir et de gagner de l’argent auprès d’étrangers plus riches. Il ne s’agit pas d’une forme d’art indigène que les touristes ont fini par découvrir ; sans les riches étrangers, pas de flamenco. Et bien sûr, nous sommes très heureux que le flamenco existe et qu’il continue d’être une forme d’art vivante, et ce malgré le tourisme de masse (qui exige que les trois étoiles ne changent jamais, que le flamenco ou la breakdance soient aussi figés que la Tour Eiffel).

Effleure-je un avantage dont bénéficient les écrivains espagnols : le marché étant plus petit, les pressions du marché, même si elles sont loin d’être absentes, pourrait être moins féroces ? (J’exprimerai peut-être à une autre occasion mon mécontentement à l’égard de la musique rap américaine, car pour cet étranger, les artistes rap semblent emprisonnés dans des stéréotypes de l’expérience afro-américaine. Et malheureusement, des stéréotypes pas tout à fait différents « inspirent » également la police américaine à tirer pour tuer).

Español

Unas notas sobre literatura, imperialismo y España

El otro día tuve la oportunidad de leer dos de mis poemas en el Instituto Cervantes de París. En esta ocasión fui, aunque no por desgracia, la excepción, ya que el Instituto tenía en mente estimular el interés por escritores de lengua materna españolalos. En la sección Notes, en inglés y más arriba, los lectores encontrarán los nombres de los demás escritores y obras presentados en esta celebración, y he añadido enlaces a algunos textos.

El acontecimiento me ha llevado también a escribir la siguiente y sencilla reflexión que ha estado circulando por mi mente desde que visité Sevilla el pasado mes de enero. Lectores, por favor, no imaginen que esto es un ensayo; es un pensamiento, o dos o tres.

Cabría imaginar también que, dado que el inglés es por el momento la lingua franca mundial, se traducirían más novelas al inglés que fuera de él. No parece ser el caso. Hay muchos escritores franceses consagrados de cuyos libros no se ha traducido ni uno solo al inglés, y este aislamiento, llamémoslo así, es aún más pronunciado para los escritores españoles. Y para los cantautores franceses. Rara vez se escuchan sus obras en los restaurantes y cafés de París, donde, por regla general, se utilizan melodías pop americanas como música de fondo. (Sí, una palabra clave aquí es “imperialismo”).

El caso de España y sus escritores, o de su cultura en general, reviste especial interés. Por supuesto, algunos escritores y artistas españoles -Cervantes, Goya, Almodóvar, Picasso, Julio Iglesias, por nombrar unos pocos- son bien conocidos en todo el mundo. Sin embargo, al mismo tiempo, tengo la sensación de que gran parte de la cultura española contemporánea, y de la escritura creativa española en particular, permanece impresionantemente encerrada en sí misma y a pesar de la globalización y el turismo de masas. Imagino, quizás incorrectamente, que algo de esto tiene que ver con el aislamiento geográfico de España durante muchos milenios antes de la Era de la Exploración y luego la invención del avión. Y otra parte parece tener que ver con la rigurosa censura del régimen franquista.

Permítanme subrayar aquí que no me estoy refiriendo a los escritores en lengua española en general. Por diversas razones, entre ellas la proximidad a los Estados Unidos, los escritores latinoamericanos contemporáneos parecen mucho más conocidos en los países de habla inglesa que los españoles. García Márquez, Vargas Llosa, Borges, Neruda, Isabel Allende y Laura Esquivel me vienen rápidamente a la mente, al igual que los escritores estadounidenses de ascendencia dominicana: Julia Álvarez y Junot Díaz, por ejemplo.

No quiero decir que los escritores españoles estén en desventaja. Por supuesto, es muy poco probable que ganen el dinero o alcancen el renombre mundial que pueden lograr algunas personas que escriben en inglés. Sería sorprendente encontrar un equivalente español de Sally Rooney, Salman Rushdie, Patti Smith o Stephen King. Pero esto también podría significar que los escritores españoles se nutren, de diversas maneras, de un mayor sentido de comunidad; conocen a las personas para las que escriben.

Hago una pausa para contrastar esto con mi propia situación. Montaigbakhtinian tiene ahora más de seis mil seguidores en todo el mundo, pero yo sólo conozco a muy pocas de esas personas y tengo muy poca idea de cuál es vuestro interés por mis escritos.

Ya que he mencionado Sevilla, concluiré con unas palabras inspiradas en el flamenco. Al parecer, como ocurrió con el break-dance en Estados Unidos a finales del siglo XX, el flamenco surgió como una forma de que una minoría empobrecida se divirtiera y ganara dinero de los forasteros más ricos. No se trata de un arte autóctono que los turistas acabaron descubriendo; sin los forasteros ricos, no hay flamenco. Y, por supuesto, estamos muy contentos de tener flamenco y de que siga siendo un arte vibrante, y ello a pesar del turismo de masas (con sus exigencias de que las cosas de tres estrellas no cambien nunca, de que el flamenco, o el break-dance, tengan una forma tan fija como la Torre Eiffel).

¿Toco aquí una ventaja de la que disfrutan los escritores españoles: como el mercado es más pequeño, las presiones del mercado, aunque no ausentes, pueden ser menos feroces? (Tal vez en otra ocasión exprese mi descontento con la música rap estadounidense, cómo -para este forastero- los artistas de rap parecen aprisionados en estereotipos de la experiencia afroamericana. Y tristemente, algunos de estereotipos no del todo distintos también “inspiran” a la policía estadounidense a disparar a matar).

— Text(s) by William Eaton.

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