Our lives are Swiss (Nos vies sont suisses)

William Eaton, January 2017

 

Idrew her, naked. She was beautiful. Young, long-limbed, subtle curves the length of her legs, tender facial expressions. (The work of a good model has a good deal in common with that of a professional dancer.)

J’ai fait des esquisses d’elle, nue. Elle était belle. Jeune, les jambes élancées, les bras longs, des courbes légères et un visage aux traits doux. (Le travail d’un bon modèle a beaucoup en commun avec celui d’une danseuse professionnelle.)

Long-limbed - hand on foot, pastel Feb 2017, by William EatonDuring one of the breaks I couldn’t help telling her what an excellent and lovely model she was. And though I went into detail, my comments  stopped short of the aggressive or inappropriate. She listened with interest and appreciation, and all the more so since I made these comments in front of the woman who ran the drawing studio, who hired the models.

Au cours d’une des pauses, je ne pouvais m’empêcher de lui dire combien elle était un modèle agréable et joli. Et tout en étant assez explicite, je me gardais de formuler des commentaires trop hardis ou déplacés. Elle m’a écouté avec intérêt et plaisir, d’autant plus que je tenais ces propos devant la femme qui dirigeait l’atelier de dessin et engageait les modèles.

At the end of the session—she had put on a pair of sky blue cotton underpants and was going to add her skirt and top—I went over to ask her where else she might be modeling, so that I might draw her again and soon. She took my card and said she would give it to a man who ran another studio where she modeled.

À la fin de la séance – elle venait d’enfiler un slip en coton bleu ciel et s’apprêtait à mettre sa jupe et son haut – je me suis approché d’elle pour lui demander si elle posait dans d’autres ateliers new-yorkais, pour me permettre de la dessiner à nouveau et bientôt. Elle prit ma carte en proposant de la donner au responsable d’un autre atelier où elle travaillait.

I returned to my drawing table, packed up my things, put on my heavy sweater and down jacket—it was a wintry day. As I headed out, I saw that the model—Eleanor, I will call her—was now, fully dressed, sitting on a corner of the modeling platform, a plastic container of take-out food open on her knees. As I passed her, I thanked her again. “Enjoy the snow,” I said, heading out.

Je suis retourné à ma table, j’ai rangé mes affaires, puis enfilé mon pull et mon manteau pour aller affronter la journée d’hiver. En sortant, j’ai aperçu le modèle – appelons-la Eleanor – désormais toute habillée et assise sur le bord de l’estrade, une barquette en plastique avec un repas take-out ouverte sur ses genoux. En passant devant elle, je l’ai remerciée à nouveau. « Enjoy the snow », lui ai-je glissé, en me dirigeant vers la porte.

She said something like, “You, too,” and in a somewhat surprised—or disappointed—tone. Though now out on the street, headed home to see my son and to go to the theater, I had the sense that my good-bye had not been quite what Eleanor had expected. I felt as if I should have sat down next to her on the stage, chatted with her while she ate.

« Toi aussi », a-t-elle répondu ? Sur un ton où pointait un peu de surprise – ou était-ce de la déception ? Alors que je me trouvais déjà dans la rue, en route vers mon domicile pour y passer quelques moments avec mon fils avant d’aller au théâtre, il m’a semblé que mon « au revoir » n’avait pas été tout à fait ce à quoi elle s’attendait. Que j’aurais dû m’asseoir sur les planches, à côté d’elle, et bavarder avec elle pendant qu’elle déjeunait.

Two models, close, Jan 2017, drawing by William Eaton, charcoal on newsprint

Let me return to this idea of models as performers. When I was young I liked to take dance classes—five days a week at one point—but I would not perform on stage. I found it too stressful to be seen by people when I could not be similarly looking at them. But I can imagine that after a performance one is sapped and is hungry, above all for response. And if one has felt naked or exposed—with or without one’s clothes on—one may want comfort, companionship, a hug.

Permettez-moi de revenir à cette comparaison entre modèles et danseurs. Dans ma jeunesse, j’aimais m’entraîner comme un danseur, avec d’autres danseurs, jusqu’à cinq fois par semaine, mais je refusais de monter sur scène. La perspective d’être regardé par des gens que je ne pouvais pas voir pendant qu’eux me regardaient me stressait trop. Mais je peux imaginer qu’après une performance, une danseuse puisse se sentir épuisée et avoir faim, surtout d’un retour. Si elle s’est sentie dévoilée ou nue – avec ou sans vêtements – il est après tout normal qu’elle soit en quête de réconfort, de compagnie ou d’un simple hug.

It is also the case that these days, and particularly in our big cities, companionship and friendship have assumed unusual or simply new forms. I remember (this is 25 years ago) a young Chinese woman who worked in a Soho dry cleaning shop and whose English was limited, and our meetings were chaperoned by the owner of the shop, a middle-aged woman who looked on, warmed and bemused by our pleasure at seeing one another yet again. That was the whole relationship—the young woman never came out from behind the counter, nor did I ever reach across it. And yet, at the time, this relationship was important to me. And it is not impossible that for Eleanor there was a kind of importance not only in my admiration of her, but also in my interest in talking with her, seeing her again, getting to know her.

Il est vrai aussi que de nos jours, et surtout dans les grandes villes, l’amitié et la camaraderie prennent des formes insolites ou nouvelles. Je me souviens d’une jeune Chinoise – il y a 25 ans de cela – qui travaillait derrière le comptoir d’un magasin de nettoyage à sec près de chez moi, à Soho. Sa connaissance de l’anglais était limitée et nos rencontres étaient chaperonnées par une dame plus âgée qui, voyant à quel point la jeune femme et moi apprécions ces visites, me regardait avec un mélange d’étonnement et d’affection. La danse n’est jamais allée plus loin. La jeune femme n’est jamais sortie de derrière le comptoir, et je n’ai jamais avancé la main pour toucher l’une des siennes. Et pourtant, à cette époque-là, je chérissais cette relation ; je me réjouissais de passer la voir et d’échanger quelques mots avec elle. Il se peut que pour Eleanor il y ait eu quelque chose de semblable ; qu’en plus de mon admiration, elle appréciait la conversation, ma volonté de parler avec elle et mon désir de le faire, de la revoir, de mieux la connaître.

And yet, at the same time, I know from experience—not particularly pleasant experience—that if I, more than twice Eleanor’s age, had proposed we get together, even just for a coffee (that kind of coffee that opens a door to physical intimacy?)—now I would have been a problem. A problem young women know well how to deal with and have more than enough experience dealing with. But a problem nonetheless.

Mais en même temps, la vie m’a appris (de façon assez désagréable) que si moi, qui ai deux fois son âge, j’avais proposé à Eleanor de nous revoir, ou simplement de prendre un café (un de ces cafés qui contiennent le consentement de la femme à une intimité plus profonde et physique?), je serais maintenant devenu un problème. Un problème que les jeunes femmes ont appris à éviter ou à gérer, mais un problème néanmoins.

Colorful Mazi, pen drawing by William Eaton, Sep 2016 

I have set down this little story because it is but the latest of dozens of similar ones. It seems, too, a variation on others of my texts—as if this were my dossier on contemporary urban life—the brief and often bittersweet encounters of strangers at a loss. One Friday evening in a New York museum café there was a woman, American, about 50, sitting alone, listening to the decorous live music, having a glass of red wine, and reading a novel by a once well-known, but now little read Swiss-German writer. A choice of book—to read? or be seen reading?—that intrigued me. A vintage fur stole thrown over the back of the chair next to her.

J’ai rédigé cette petite histoire parce qu’elle n’est que la plus récente de douzaines d’histoires semblables. Et elle ne semble également n’être qu’une variation autour d’autres histoires que j’ai notées auparavant, comme si tout cela constituait mon dossier sur la vie urbaine actuelle : les rencontres furtives et souvent douces-amères d’étrangers en manque. Un vendredi soir, dans le café d’un musée, il y avait une femme – américaine, la cinquantaine. Elle était assise toute seule, en train d’écouter un orchestre convenable, en sirotant à petites gorgées un verre de vin rouge et en lisant le roman d’un écrivain suisse-allemand qu’on ne lisait plus guère. Un choix de livre – destiné à être lu ou à être vu ? — qui a piqué ma curiosité. Jetée sur le dossier d’une chaise à côté – une étole de fourrure vintage.

I went over to this woman. We chatted, haltingly. I proposed that, some other evening, we go to another museum together. She said, “That would be nice,” and, if a bit hesitantly, gave me her e-mail address. In a few days I e-mailed her, suggested some things we might go see, and received no reply. As if all she wanted was to be coveted, desired? As if her “That would be nice” might be translated, from German Swiss: “Best wishes.”

Je me suis approché d’elle. Nous avons bavardé de façon hésitante. Je lui ai proposé d’aller ensemble voir, un soir, un autre musée. « Cela me ferait plaisir », a-t-elle répondu, et, après un moment d’hésitation, elle m’a donné son adresse e-mail. Quelques jours plus tard, je lui ai envoyé un courriel, dans lequel je proposais quelques expositions que nous pourrions aller voir. Pas de réponse. Comme si elle ne voulait qu’être convoitée, désirée ? Comme si son « Cela me ferait plaisir » pouvait se traduire, du suisse-allemand, par « Bien à vous » .

Nos vies sont suisses, si calmes, si flegmatiques, nota un jour Emily Dickinson dans une lettre-poème adressée à sa belle-sœur Susan, à qui elle était fortement attachée. Emily a passé les dernières décennies de sa vie cachée à l’intérieure de la maison familiale, dans une petite ville du Massachusetts. Quand elle était malade, le médecin était autorisé à l’entrapercevoir alors qu’elle passait toute habillée devant la porte de la pièce où il attendait, assis. Des fenêtres de sa maison, elle pouvait voir la maison neuve, élégante, de style italien, où Susan vivait dans sa propre aliénation.

« Our lives are Swiss / So Still – So cool – » Emily Dickinson once wrote in a short letter-poem to her sister-in-law, Susan Gilbert. As has become widely known, Emily spent the last decades of her life hiding in her familial home, avoiding direct contact with most anyone but her sister and brother. When she was sick, the doctor was allowed to glimpse her, fully clothed, as she passed the doorway of the room in which he was seated. From the windows on one side of her house, she could see the new, elegant Italianate house in which her sister-in-law, to whom she remained quite attached, lived unhappily. On odd afternoons, Emily proposed in the lines she sent over to Susan, the Alps neglected their curtains, and one might see further—Italy! (A country known for its warmth and art works, and for its people’s attachment to love-making and other sensual pleasures.) But—“like a guard between – / The solemn Alps – / The siren Alps / Forever intervene!”

Certains après-midi, écrivait-elle dans ces lignes envoyées à Susan, les Alpes négligeaient leurs rideaux, et on pourrait voir au loin—l’Italie ! (Un pays connu pour sa chaleur, ses œuvres d’art, pour l’attachement de sa population aux ébats amoureux et à d’autres plaisirs sensuels.) Mais – « Montant la garde – / Les Alpes solennelles – / Les Alpes, ces sirènes, / Pour toujours s’interposent ! »

 

William Eaton, cut-out, based on 13th century sculptureQuelques références

A faint image of the original Dickinson English manuscript, along with a typed copy of the whole short poem, has been available at archive.emilydickinson.org/working/h305.htm.

La traduction française des lignes de ce poème est en dialogue avec celle de Françoise Delphy, Emily Dickinson : Poésies complètes, Edition bilingue français-anglais (Flammarion, 2009).

I first encountered the anecdote about the doctor in John Cody’s psychobiography of Dickinson: After Great Pain (Harvard University Press, 1971).

The drawings and the cut-outs are by William Eaton. The cut-out of the man is after a thirteenth century terracotta sculpture from what is now Mali; in the collection of the MET museum, New York. The drawings are from my files, not from the specific session described above.

 

Un grand merci à Noëlle d’avoir rassuré l’esquissateur et d’avoir converti son français-américain en français !
 

Bio: William Eaton is an essayist, fiction writer and the Editor of Zeteo. A collection of his essays, Surviving the Twenty-First Century, was published in 2015 by Serving House Books, and a second volume—Art, Sex, Politics—is due out in 2017. His previous, Emily-Dickinson-related, multilingual writing: Translating Dickinson (into French) and Dickinson — Sex, Spanish, Stew. Some readers might also be interested in Beyond Malcolm and Garnett: The Possibilities and Limitations of Translation, The Quarterly Conversation (December 2016), or, quite alternatively, in: Retirement, Conversation, Walls of Loneliness or La colère, c’est démodé, tu ne trouves pas ?

 
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Our lives are Swiss (Nos vies sont suisses)



Categories: Etiquette, Faits Divers, L’aile française

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2 replies

  1. Thank you, Bill, for posting “Our lives are Swiss…” It’s a work of art. I’ve thought about it a lot. What would Emily Dickinson have done if she’d had access to email? Keeping in touch electronically is nothing like visiting face to face or even receiving a handwritten note. I think our whole society is suffering from aching loneliness because of this. What was supposed to connect us is instead doing just the opposite. Sending you a virtual hug!

    On Wed, Feb 1, 2017 at 12:27 PM, montaigbakhtinian wrote:

    > William Eaton posted: “William Eaton, January 2017 Idrew her, naked. She > was beautiful. Young, long-limbed, subtle curves the length of her legs, > tender facial expressions. (The work of a good model has a good deal in > common with that of a professional dancer.) J’ai fa” >

    • Thank you, Carol, and I agree with you entirely! (And, of course, aging is a challenge too!) Not to be too bleak, but one might wonder if we — our culture, or cultures — will find our way out of this labyrinth of solitude, or die of hunger within it. (Btw: Octavio Paz used the phrase “labyrinth of solitude,” or a Spanish equivalent, long before me, though in a slightly different sense. From a translation of his long essay on his subject: “If we tear off these masks, if we open ourselves up, if—in brief—we face our own selves, then we can truly begin to live and think. Nakedness and defenselessness are awaiting us. But there, in that “open” solitude, transcendence is also waiting; the outstretched hands of other solitary beings.”)

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